{"id":1006,"date":"2024-07-20T06:22:22","date_gmt":"2024-07-20T04:22:22","guid":{"rendered":"http:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/?page_id=1006"},"modified":"2026-01-16T09:18:36","modified_gmt":"2026-01-16T08:18:36","slug":"vingt-six-ans-avec-rance","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/index.php\/vingt-six-ans-avec-rance\/","title":{"rendered":"VINGT-SIX ANS AVEC RANC\u00c9"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-page\" data-elementor-id=\"1006\" class=\"elementor elementor-1006\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-9e0012b e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"9e0012b\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-6a9f1a3 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"6a9f1a3\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-5714c3b elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"5714c3b\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0<\/p><p><strong>VINGT-SIX ANS AVEC RANC\u00c9<\/strong><\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-8531a3a elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"8531a3a\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0<\/p><p><span style=\"font-size: 16px; color: var( --e-global-color-text ); letter-spacing: var( --e-global-typography-text-letter-spacing ); text-align: var(--text-align);\">Propos recueillis par Claude-Henry du Bord et Joseph Vebret. Litt\u00e9ratures &amp; Cie, deuxi\u00e8me trimestre 2022<\/span><\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-aa99eb5 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"aa99eb5\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-2723cad elementor-widget__width-initial elementor-widget elementor-widget-image\" data-id=\"2723cad\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"image.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1209\" src=\"https:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Litteratures-Cie-768x1209.jpg\" class=\"attachment-medium_large size-medium_large wp-image-1238\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Litteratures-Cie-768x1209.jpg 768w, https:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Litteratures-Cie-191x300.jpg 191w, https:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Litteratures-Cie-650x1024.jpg 650w, https:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Litteratures-Cie.jpg 778w\" sizes=\"(max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-d8b4899 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"d8b4899\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-d38bf99 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"d38bf99\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p><strong>\u2014 A la rentr\u00e9e litt\u00e9raire 2022, vous avez publi\u00e9 simultan\u00e9ment <em>Le Soleil noir<\/em>, un essai biographique sur l\u2019abb\u00e9 de Ranc\u00e9 (1626-1700), grande figure du catholicisme fran\u00e7ais au temps de Louis XIV, et Les hivers et les printemps, roman qui s\u2019inspire d\u2019\u00e9v\u00e9nements survenus dans la prestigieuse abbaye de la Trappe lorsque Ranc\u00e9 en \u00e9tait le sup\u00e9rieur. En cette rentr\u00e9e 2023, vous publiez et commentez les <em>Relations de la mort de quelques religieux de l\u2019abbaye de la Trappe<\/em>, recueil de textes de Ranc\u00e9 lui-m\u00eame, son grand succ\u00e8s de librairie dans les ann\u00e9es 1690. Qu\u2019est-ce qui vous attire chez ce personnage quelque peu oubli\u00e9\u2009?<\/strong><\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-488bcb4 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"488bcb4\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-facd09a elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"facd09a\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>&#8211; Ranc\u00e9 m\u2019aura occup\u00e9 vingt-six ans, par inadvertance, si je puis dire. En 1997, apr\u00e8s avoir lu un bref encadr\u00e9 sur l\u2019abb\u00e9 de Ranc\u00e9 que j\u2019avais r\u00e9dig\u00e9 dans <em>L\u2019histoire<\/em>, Anthony Rowley \u2013 alors directeur \u00e9ditorial chez Perrin \u2013 m\u2019a sugg\u00e9r\u00e9 d\u2019\u00e9crire une biographie du r\u00e9formateur de la Trappe. L\u2019encadr\u00e9, purement informatif, se fondait pour l\u2019essentiel sur la <em>Vie de Ranc\u00e9<\/em> de Chateaubriand (1844), ouvrage sans lequel on se s\u2019int\u00e9resserait sans doute plus au terrible Abb\u00e9. Commenter le Ranc\u00e9 de Chateaubriand est, en effet, devenu un genre en soi, illustr\u00e9 notamment par Julien Gracq et Roland Barthes, voire, d\u00e8s les ann\u00e9es 1920, par Edouard Herriot, figure \u00e9minente du radicalisme et de la IIIe R\u00e9publique.<br \/>Ma lecture de la <em>Vie de Ranc\u00e9<\/em> fut donc tardive &#8211; \u00e0 45 ans &#8211; et je n\u2019avais jusque-l\u00e0 de l\u2019Aust\u00e8re qu\u2019une id\u00e9e assez vague. Je connaissais son portrait, le seul qu\u2019on ait de lui, peint par Rigaud : il a 70 ans, on le voit \u00e0 son \u00e9critoire, en bure blanche cistercienne, plume \u00e0 la main, cr\u00e2ne de mort sur la table. Je savais aussi la l\u00e9gende de sa conversion, romantique avant l\u2019heure. Il aurait fui le monde, pour s\u2019enfermer dans un clo\u00eetre, apr\u00e8s avoir vu la t\u00eate coup\u00e9e de sa ma\u00eetresse, la duchesse de Montbazon, morte brutalement, dont on n\u2019arrivait pas \u00e0 faire entrer le corps dans un cercueil. L&rsquo;essai biographique, <em>Le soleil noir<\/em> revient sur les circonstances, en effet romanesques, de ce \u00ab portrait vol\u00e9 \u00bb command\u00e9 au grand peintre par Saint-Simon et sur les aspects dramatiques de la conversion qui fit d\u2019un riche abb\u00e9 mondain un r\u00e9formateur aust\u00e8re et pauvre. Du vivant de Ranc\u00e9, la radicalit\u00e9 de la Trappe \u2013 notamment la r\u00e8gle du silence absolu et le r\u00e9gime ultra-maigre \u2013 provoqu\u00e8rent de vives pol\u00e9miques et fascin\u00e8rent la Cour.<br \/>Pour autant, tel quel, nimb\u00e9 de romantisme, ce que Chateaubriand disait de Ranc\u00e9 me suffisait. C\u2019est d\u2019ailleurs plut\u00f4t Chateaubriand qui m\u2019int\u00e9ressait, notamment sa r\u00e9invention du catholicisme au sortir de la violente \u00ab r\u00e9volution culturelle \u00bb des ann\u00e9es 1790-1800, dont son \u00ab revival \u00bb de Ranc\u00e9 est sans doute, avec le <em>G\u00e9nie du christianisme,<\/em> l\u2019un de ses chefs d\u2019\u0153uvres. Je ne pensais pas aller plus loin que l\u2019encadr\u00e9. J\u2019avais d\u2019autres projets. Pourtant, j\u2019ai accept\u00e9 la commande d\u2019une biographie. Moins, pensais-je, pour Ranc\u00e9 lui-m\u00eame \u2013 Chateaubriand semblait y suffire \u2013 que pour m\u2019aventurer dans le XVIIe si\u00e8cle dont j\u2019avais le go\u00fbt depuis longtemps. Je ne pr\u00e9voyais pas que cet \u00e9trange compagnonnage durerait vingt-six ans. Et qu\u2019il me faudrait plonger dans ce que Rilke nommait la \u00ab rumeur du temps \u00bb.<br \/>Essayer de comprendre, sinon Ranc\u00e9 \u2013 qui reste pour moi un homme \u00e9nigmatique \u2013 mais, au moins, le personnage qui fascina ses contemporains, c\u2019est se plonger dans cet extraordinaire moment que fut le \u00ab Grand Si\u00e8cle \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les cinquante ans qui s\u2019\u00e9tendent du d\u00e9but de la Fronde (1643) jusqu\u2019\u00e0 la mort de la Grande Mademoiselle (1693), la derni\u00e8re frondeuse, date que je choisis pour le symbole. Durant ce demi-si\u00e8cle\u2013 des d\u00e9buts de Pascal et de Moli\u00e8re jusqu\u2019aux derniers jours de La Fontaine et de Racine \u2013 la culture classique se fixe. C\u2019est le temps de la langue fran\u00e7aise, des <em>Remarques<\/em> de Vaugelas et de la <em>Grammaire de Port Royal<\/em>. Le r\u00e8gne de Louis XIV connut alors son triomphe solaire avant d\u2019entrer dans sa lente glaciation, qui se confirme en 1700 avec le d\u00e9but de la guerre de Succession d\u2019Espagne, concomitante \u00e0 la mort de l\u2019Abb\u00e9.<br \/>La vie de Ranc\u00e9 s\u2019\u00e9tend sur cette p\u00e9riode, la r\u00e9cuse et la refl\u00e8te. Elle commence dans la folle vie aristocratique parisienne des Pr\u00e9cieuses et du baroque pour s\u2019achever alors que le roi et Mme de Maintenon sont hant\u00e9s, et beaucoup avec eux, par l\u2019exigence de se remettre en ordre &#8211; et tout mettre dans un ordre \u00ab classique \u00bb. A l\u2019itin\u00e9raire du roi Soleil r\u00e9pond celui du Soleil noir. La Trappe s\u2019organise au miroir invers\u00e9 de Versailles. C\u2019est la m\u00eame \u00ab client\u00e8le \u00bb, si je puis dire. La Cour et la Trappe correspondent et se connaissent parfaitement. Il y a, par exemple, des liens directs entre <em>Tartuffe<\/em>, <em>Le Misanthrope<\/em> et Ranc\u00e9.<\/p><p><strong>&#8211; Ces paradoxes de Ranc\u00e9, dites-vous, permettent un jeu d\u2018analogies, pass\u00e9\/pr\u00e9sent, avec les contradictions et les conceptions du XXIe si\u00e8cle. Mais dans quelle mesure peut-on \u00e9tablir un parall\u00e8le entre deux soci\u00e9t\u00e9s si diff\u00e9rentes ?<\/strong><\/p><p>&#8211; \u00ab Je d\u00e9sire avec une ardeur incroyable d\u2019\u00eatre tellement oubli\u00e9 des hommes qu\u2019on ne pense pas seulement que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00bb, \u00e9crit Ranc\u00e9 apr\u00e8s sa conversion spectaculaire devant le cadavre de son amie, Mme de Montbazon \u2013 amie de c\u0153ur ou ma\u00eetresse ? En d\u00e9pit du qu\u2019en dira-t-on, difficile de savoir. Cette grande frondeuse, et grande s\u00e9ductrice, \u00e9tait plus \u00e2g\u00e9e que Ranc\u00e9 de presque quinze ans. Il avait perdu sa m\u00e8re \u00e0 douze ans, et l\u2019on a parl\u00e9, \u00e0 propos de Ranc\u00e9, d\u2019un \u00ab complexe d\u2019Hippolyte \u00bb par allusion \u00e0 la <em>Ph\u00e8dre<\/em> de Racine. Les femmes d&rsquo;exp\u00e9rience ont marqu\u00e9 ses choix: femmes du monde et religieuses (souvent les m\u00eames femmes, maintenant retir\u00e9es du monde). Elles tiennent une place centrale dans son \u00e9volution.<br \/>Quoi qu\u2019il en soit des circonstances, le choc est tel \u2013 sentiment de culpabilit\u00e9, obsession de la mort &#8211; que le jeune homme riche et dou\u00e9 se convertit \u00e0 la pauvret\u00e9 absolue, mat\u00e9rielle et intellectuelle. Celui que l\u2019on destinait \u00e0 devenir prince de l\u2019Eglise, \u00e0 l\u2019instar du cardinal de Retz et de Bossuet, ses amis, va se reclore dans la duret\u00e9, l\u2019inconfort, l\u2019asc\u00e8se et le silence. Excellent hell\u00e9niste, docteur en th\u00e9ologie, bon dessinateur et bon musicien, il rompt avec la culture et la rejette pour pr\u00f4ner une pratique agressive d\u2019un silence \u00ab inculte \u00bb. Ce serait anachronique et peu pertinent d\u2019en faire un situationniste \u00e0 la Guy Debord mais le parall\u00e8le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre esquiss\u00e9.<br \/>Peut-\u00eatre cette volont\u00e9 d\u2019inexistence et cette horreur du para\u00eetre \u2013 au si\u00e8cle si th\u00e9\u00e2tral du roi Soleil \u2013 ont-elles fait, pour moi, de Ranc\u00e9, le prototype de l\u2019homme sans qualit\u00e9s. La notion d\u2019un non-personnage \u00e9tait ch\u00e8re aux \u00ab soixante-dizistes \u00bb, ma g\u00e9n\u00e9ration en proie aux contradictions la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle et de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Et Ranc\u00e9 a men\u00e9 jusqu\u2019au bout cet effacement. \u00ab Le temps n\u2019est plus digne de vous, il faut l\u2019oublier et tout ce qui passe \u00bb, \u00e9crit-il encore.<br \/>Lorsque je me suis lanc\u00e9 dans ma biographie de Ranc\u00e9, je ne pensais \u00e9videmment pas me confronter \u00e0 une telle \u00e9tranget\u00e9 politique, esth\u00e9tique, th\u00e9ologique et spirituelle. Le XVIIe si\u00e8cle que je croyais familier ne l\u2019est pas du tout, y compris dans sa dimension catholique, parfois \u00e9trange pour le catholique d\u2019aujourd\u2019hui, m\u00eame de formation encore assez traditionnelle. J\u2019avais 13 ans, en 1965, quand Vatican II s\u2019est termin\u00e9. Pour l\u2019Eglise de France pr\u00e9conciliaire, le XVIIe si\u00e8cle fran\u00e7ais \u2013 le \u00ab Si\u00e8cle des saints \u00bb &#8211; \u00e9tait la grande r\u00e9f\u00e9rence, y compris, bien s\u00fbr, le si puissant jans\u00e9nisme. Pourtant, plus je me suis confront\u00e9 au Grand Si\u00e8cle, plus je l\u2019ai trouv\u00e9 presque exotique \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une \u00ab pens\u00e9e sauvage \u00bb, nous confrontant \u00e0 nos propres conventions.<br \/>Ce d\u00e9paysement produit par l\u2019enqu\u00eate sur Ranc\u00e9 r\u00e9pondait sans doute \u00e0 mes interrogations sociales, religieuses, amoureuses et esth\u00e9tiques. Entre 1997 et 2023, notre soci\u00e9t\u00e9 a d\u00e9finitivement et profond\u00e9ment chang\u00e9 de si\u00e8cle, voire de vision du monde. Mais j\u2019ai retrouv\u00e9, en \u00e9tudiant Ranc\u00e9 des tensions toujours bien pr\u00e9sentes : le conflit du religieux et du politique, la red\u00e9finition conflictuelle des rapports entre les hommes et les femmes, le probl\u00e8me du libre arbitre et de la responsabilit\u00e9 personnelle. Je ne parle pas de la \u00ab fin de vie \u00bb qui est au c\u0153ur de toute l\u2019entreprise Ranc\u00e9, comme en t\u00e9moignent les r\u00e9cits d\u2019agonie recueillis dans les <em>Relations de la mort de quelques religieux de l\u2019abbaye de la Trappe<\/em><strong>.<\/strong> Ils valurent au monast\u00e8re de la Trappe un afflux de postulants, notamment des jeunes officiers traumatis\u00e9s par les violences des incessantes guerres du r\u00e8gne. \u00ab Je ne suis qu\u2019un cloaque \u00bb, \u00e9crit l\u2019un d\u2019eux.<br \/>Au cardinal de Retz, qui rumine ses \u00e9checs et s\u2019ennuie dans sa prison dor\u00e9e de l\u2019abbaye de Saint-Denis, Ranc\u00e9 \u00e9crit : \u00ab Tout ce qui passe dans cette vie n\u2019est que vanit\u00e9 et ne m\u00e9rite pas un seul instant les soins d\u2019un homme qui en attend une autre, et le monde est fait de mani\u00e8re et se discr\u00e9dite tellement de lui-m\u00eame, qu\u2019il ne faut ni gr\u00e2ce, ni vertu, pour le quitter. \u00bb<\/p><p><strong>&#8211; Commenc\u00e9e en 1997, la biographie de Ranc\u00e9 a paru neuf ans plus tard, en 2006. Elle a obtenu le prix Combourg-Chateaubriand l\u2019ann\u00e9e suivante. Pourquoi l\u2019avez-vous reprise pour en publier seize ans apr\u00e8s une version assez profond\u00e9ment remani\u00e9e ?<\/strong><\/p><p>&#8211; Je ne puis certainement pas me comparer \u00e0 Anton Bruckner mais j\u2019ai en commun avec ce compositeur d\u2019\u00eatre \u00e0 maturation lente et de souvent devoir produire une deuxi\u00e8me version de ce \u00e0 quoi je tiens. A moins, qu\u2019\u00e0 l\u2019instar d\u2019une vache, j\u2019aie deux estomacs litt\u00e9raires et qu\u2019il me faille ruminer.<br \/>Quand <em>Le soleil noir<\/em> parut en 2006 chez Perrin, je n\u2019envisageais \u00e9videmment pas une nouvelle \u00e9dition. Mais, parall\u00e8lement, durant ces neuf ann\u00e9es pass\u00e9es en l\u2019insaisissable compagnie de Ranc\u00e9, j\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 travailler aux images et aux questions que faisaient na\u00eetre sa pr\u00e9sence\/absence. Les premiers \u00e9l\u00e9ments d\u2019un roman se formaient, qui donneraient, bien plus tard, <em>Les hivers et les printemps<\/em>. Si bien, qu\u2019\u00e0 peine attel\u00e9 \u00e0 ce futur roman, d\u00e8s 2005, le monde de Ranc\u00e9 poursuivit en moi son travail, captant toutes sortes d\u2019\u00e9l\u00e9ments.<br \/>Je lisais de nouveaux textes du XVIIe si\u00e8cle ou sur le XVIIe si\u00e8cle, je d\u00e9couvrais d\u2019autres tableaux, d\u2019autres musiques de cette \u00e9poque. Tout cela interagissait avec les bruits et fureurs du monde bien r\u00e9el autour de moi. Les angles d\u2019approche se multipliaient. Plus le roman avan\u00e7ait, plus je savais qu\u2019il faudrait reprendre la biographie. Cela d\u2019autant plus qu\u2019Antoine de Baecque, en 2011, me proposa d\u2019\u00e9diter pour la collection \u00ab Le temps retrouv\u00e9 \u00bb au Mercure de France, les \u00e9tranges <em>Relations<\/em> de la mort des moines, dont la derni\u00e8re \u00e9dition remontait \u00e0 1755. J\u2019y retrouvai, sous un nouveau point de vue, les forts portraits de religieux et les d\u00e9rangeantes agonies qui m\u2019avaient frapp\u00e9 quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, en r\u00e9digeant la biographie du <em>Soleil noir<\/em>, premi\u00e8re mouture.<br \/>Le roman des <em>Hivers<\/em> \u2013 alors toujours en cours &#8211; en fut sensiblement modifi\u00e9, voire r\u00e9orient\u00e9, tout comme la version n\u00b02 du <em>Soleil noir<\/em>, qui \u00e9tait toujours \u00e0 venir. Aussi ai-je profit\u00e9 de la publication des <em>Hivers et des printemps<\/em> pour proposer \u00e0 Michel Mollard, des \u00e9ditions du Condottiere, qui avait accept\u00e9 l\u2019aventure, d\u2019y joindre la version d\u00e9finitive du <em>Soleil noir<\/em> et une version, fatalement revue et corrig\u00e9e (c\u2019est plus fort que moi), des <em>Relations<\/em>. Et voil\u00e0 comment on passe un quart de si\u00e8cle avec Ranc\u00e9.<\/p><p><strong>&#8211; \u00ab Amour, th\u00e9ologie, politique et contes de f\u00e9es \u00bb. C\u2019est ainsi que vous pr\u00e9sentez le roman <em>Les hivers et les printemps<\/em>. En quoi la qualit\u00e9 des relations politiques et amoureuses du temps de Louis XIV est-elle \u00e0 m\u00eame de nous faire comprendre les enjeux de notre si\u00e8cle et de son grand d\u00e9sordre amoureux\u2009?<\/strong><\/p><p>&#8211; Le romanesque ne manque pas dans l\u2019existence de cet homme qui voulait radicalement se retirer du monde, se taire et se pr\u00e9parer \u00e0 l\u2019unique exercice digne pour lui d\u2019int\u00e9r\u00eat : mourir pour entrer dans \u00ab l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de Dieu \u00bb apr\u00e8s une agonie qui, comme celle du Christ, serait un corps \u00e0 corps victorieux avec l\u2019angoisse, la souffrance et toute la vanit\u00e9 d\u2019un monde indigne. Paradoxalement, cela fit de lui l\u2019une des autorit\u00e9s les plus recherch\u00e9es de cette soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il reniait. Son monast\u00e8re, dont il voulait faire une \u00ab solitude affreuse \u00bb, devint l\u2019un des plus courus de France et d\u2019Europe. Ce frondeur radical, qui voulait sortir du jeu, devint malgr\u00e9 lui un enjeu politique, voire un instrument de pouvoir. Au point que les dix derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie le mettent \u2013 litt\u00e9ralement \u00e0 son corps d\u00e9fendant &#8211; au c\u0153ur d\u2019invraisemblables intrigues : la Ville et la Cour, comme on le disait \u00e0 l\u2019\u00e9poque, se m\u00ealent des affaires de la Trappe. Ce monde du silence est hant\u00e9 de rumeurs et de complots.<br \/>Le cardinal de Richelieu \u2013 dont Ranc\u00e9 \u00e9tait le filleul \u2013 avait un principe qui semble \u00eatre encore celui de notre R\u00e9publique : \u00ab Ce qui cause du trouble dans la religion en cause aussi dans l\u2019\u00c9tat \u00bb. Aussi Louis XIV se m\u00eale-t-il de mettre fin aux troubles de la Trappe. Ce qui m\u2019a donn\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019imaginer l\u2019envoi dans ce monast\u00e8re du Perche d\u2019un ambitieux trentenaire, ma\u00eetre des requ\u00eates, le chevalier de Charnat &#8211; une sorte d\u2019\u00e9narque \u2013 charg\u00e9 d\u2019y voir plus clair. En ce temps, le lieutenant-g\u00e9n\u00e9ral de police n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 interroger lui-m\u00eame les personnes suspectes de d\u00e9viances th\u00e9ologiques\u2026On imagine le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur discutant avec une visionnaire mystique des nuances entre la pri\u00e8re active et la pri\u00e8re d\u2019abandon&#8230; Encore que les distinguos sur la \u00ab la\u00efcit\u00e9 r\u00e9publicaine \u00bb soient parfois proches, il est vrai, de la scolastique.<br \/>Le chevalier de Charnat des <em>Hivers<\/em> est amoureux, comme l\u2019Alceste du <em>Misanthrope<\/em> (et comme Ranc\u00e9 lui-m\u00eame, jadis) d\u2019une jolie duchesse cultiv\u00e9e mari\u00e9e \u00e0 un barbon. Comme C\u00e9lim\u00e8ne, la duchesse h\u00e9site \u00e0 choisir parmi ses soupirants, partageant l\u2019avis des Pr\u00e9cieuses, de Mlle de Scud\u00e9ry et des grandes frondeuses que fr\u00e9quenta Ranc\u00e9 : \u00ab Devenu un mari, dit-elle, le plus honn\u00eate homme prend n\u00e9cessairement la place du ma\u00eetre. Et les ma\u00eetres sont propres \u00e0 se faire tyrans. \u00c0 moins que d\u2019aimer jusqu\u2019\u00e0 perdre la raison, je ne perdrai jamais la libert\u00e9. \u00bb<br \/>On devine que ces th\u00e8mes \u2013 politique, religion, libert\u00e9 amoureuse \u2013 permettent de jouer des registres pass\u00e9\/pr\u00e9sent. D\u2019autant plus qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque Mme de Maintenon et Louis XIV s\u2019en prirent violemment \u00e0 la mystique du \u00ab pur amour \u00bb d\u00e9fendue par Mme Guyon et F\u00e9nelon, poussant Ranc\u00e9 \u00e0 s\u2019en m\u00ealer, par l\u2019interm\u00e9diaire de son ami Bossuet. Ce que Ranc\u00e9 fit de mani\u00e8re piteuse et brutale : cet \u00ab esprit d\u2019enfance \u00bb, mozartien avant l\u2019heure, cette fantaisie de l\u2019imaginaire que c\u00e9l\u00e9brait Mme Guyon lui \u00e9taient \u00e9trangers. C\u2019est l\u2019\u00e9poque (1694-1697) o\u00f9 Charles Perrault, le champion des Modernes, publie ses <em>Contes de Ma M\u00e8re l\u2019Oye<\/em>. Ils auront un succ\u00e8s europ\u00e9en, notamment aupr\u00e8s des femmes, et remettent \u00e0 la mode un merveilleux plus ou moins \u00e9touff\u00e9 depuis la Fronde.<br \/>Aussi, mes personnages, qui lisent les Classiques aussi bien que les Modernes, s\u2019interrogent-ils sur les inqui\u00e9tudes de l\u2019\u00e9poque. D\u2019o\u00f9 vient ce trouble dans la religion comme dans l\u2019Etat, dans le particulier comme dans l\u2019universel ? Pr\u00e9destination ou libre arbitre ? Sommes-nous responsables et coupables de nos fautes ? Pouvons-nous pr\u00e9tendre, comme le voulaient Adam et Eve, \u00e0 la connaissance du Bien et du Mal ? Bref, le chevalier de Charnat tente de r\u00e9tablir l\u2019ordre et la raison. Il s\u2019avance dans le Grand Si\u00e8cle comme dans un labyrinthe au c\u0153ur duquel l\u2019attend pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui cause du trouble dans la religion comme dans l\u2019Etat. Ou dans l\u2019amour. Tout cela n\u2019est pas seulement propre au XVIIe si\u00e8cle\u2026<\/p><p><strong>\u2014 Vous avez \u00e9t\u00e9, entre autres, responsable des pages litt\u00e9raires de <em>La Croix<\/em>, r\u00e9dacteur en chef de <em>Lire<\/em>, producteur sur France Culture, journaliste \u00e0 <em>Livre Hebdo<\/em>, fondateur des \u00e9ditions Alma. Quels sont les livres qui vous ont fa\u00e7onn\u00e9, fabriqu\u00e9s\u2009? Et quels sont ceux qui vous accompagnent aujourd\u2019hui\u2009?<\/strong><\/p><p>&#8211; Louis XIV, au terme de sa vie, regretta d\u2019avoir trop aim\u00e9 la guerre. Sans doute ai-je trop aim\u00e9 les livres, mais sans regret. En tout cas, je suis bien incapable de dire quels sont ceux qui m\u2019ont le plus influenc\u00e9 : la liste serait longue. A peine l\u2019aurais-je donn\u00e9e que je voudrais y ajouter une liste compl\u00e9mentaire, sans compter la musique et l\u2019image qui comptent aussi beaucoup.<br \/>Pour s\u2019en tenir au roman, <em>Les hivers et les printemps<\/em>, on devine que je me suis appuy\u00e9 sur le XVIIe si\u00e8cle et notamment sur les auteurs que j\u2019ai cit\u00e9s \u2013 mais aussi la musique et les arts de l\u2019\u00e9poque. D\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, toutefois je n\u2019ai pas \u00e9crit un roman historique. C\u2019est comme au cin\u00e9ma : les d\u00e9cors et les costumes respectent le plus possible le style Louis XIV mais les paroles, le point de vue et le montage sont d\u2019un homme du XXIe si\u00e8cle.<br \/>Comme l\u2019affirme Claude Simon : on n\u2019\u00e9crit jamais qu\u2019au pr\u00e9sent sur tout ce qui surgit en nous au moment o\u00f9 l\u2019on \u00e9crit. M\u00eame s\u2019ils ne peuvent \u00e9videmment le dire, certains de mes moines ont lu Teilhard de Chardin, Michel de Certeau et quelques ex\u00e9g\u00e8tes d\u2019aujourd\u2019hui. Sans bien s\u00fbr y para\u00eetre, le directeur de conscience du chevalier m\u2019a tout l\u2019air de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 Jung et le chevalier lui-m\u00eame est plus ou moins barbouill\u00e9 de Le Goff et de Furet. Quant au narrateur s\u2019il s\u2019efforce d\u2019obtenir certaines tournures vaguement redevables \u00e0 Saint-Simon, il a lu celui-ci avec les lunettes de Proust, sans avoir une aussi bonne vue que ce dernier.<br \/>Un texte est toujours le produit des textes accumul\u00e9s et retravaill\u00e9s par notre m\u00e9moire. A la n\u00e9buleuse que je viens d\u2019indiquer, j\u2019ajouterais donc deux \u0153uvres qui m\u2019ont d\u00e9bloqu\u00e9 au moment o\u00f9 je butais sur le ton et la forme propres \u00e0 ce livre-ci. Il s\u2019agit du <em>Vent<\/em>, de Claude Simon (1957), sous-titr\u00e9 <em>Tentative de restitution d\u2019un retable baroque <\/em>et des\u00a0<em>Soldats (Die Soldaten)<\/em>, un op\u00e9ra de Bernd-Alo\u00efs Zimmermann (1960), lui-m\u00eame adapt\u00e9 du drame <em>Les soldats<\/em> de Jakob Lenz (1776). J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 assez longuement les deux \u0153uvres, qui m\u2019ont apport\u00e9 des solutions, par analogie plus que par imitation.<br \/>________________<br \/><em>Ranc\u00e9. Le soleil noir<\/em>, 370 p. &#8211; <em>Les hivers et les printemps,<\/em> 436 p. de Jean-Maurice de Montremy. \u2013 <em>Relations de la mort de quelques religieux de l\u2019abbaye de la Trappe,<\/em> de l\u2019abb\u00e9 de Ranc\u00e9 (\u00e9dition, pr\u00e9sentation et notes de J.-M. de Montremy), 320 p. Les trois livres sont aux \u00e9ditions du Condottiere (distribution Pollen).<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 VINGT-SIX ANS AVEC RANC\u00c9 \u00a0 Propos recueillis par Claude-Henry du Bord et Joseph Vebret. Litt\u00e9ratures &amp; Cie, deuxi\u00e8me trimestre 2022 \u2014 A la rentr\u00e9e litt\u00e9raire 2022, vous avez publi\u00e9 simultan\u00e9ment Le Soleil noir, un essai biographique sur l\u2019abb\u00e9 de Ranc\u00e9 (1626-1700), grande figure du catholicisme fran\u00e7ais au temps de Louis XIV, et Les hivers [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"elementor_header_footer","meta":{"ocean_post_layout":"","ocean_both_sidebars_style":"","ocean_both_sidebars_content_width":0,"ocean_both_sidebars_sidebars_width":0,"ocean_sidebar":"","ocean_second_sidebar":"","ocean_disable_margins":"enable","ocean_add_body_class":"","ocean_shortcode_before_top_bar":"","ocean_shortcode_after_top_bar":"","ocean_shortcode_before_header":"","ocean_shortcode_after_header":"","ocean_has_shortcode":"","ocean_shortcode_after_title":"","ocean_shortcode_before_footer_widgets":"","ocean_shortcode_after_footer_widgets":"","ocean_shortcode_before_footer_bottom":"","ocean_shortcode_after_footer_bottom":"","ocean_display_top_bar":"default","ocean_display_header":"default","ocean_header_style":"","ocean_center_header_left_menu":"","ocean_custom_header_template":"","ocean_custom_logo":0,"ocean_custom_retina_logo":0,"ocean_custom_logo_max_width":0,"ocean_custom_logo_tablet_max_width":0,"ocean_custom_logo_mobile_max_width":0,"ocean_custom_logo_max_height":0,"ocean_custom_logo_tablet_max_height":0,"ocean_custom_logo_mobile_max_height":0,"ocean_header_custom_menu":"","ocean_menu_typo_font_family":"","ocean_menu_typo_font_subset":"","ocean_menu_typo_font_size":0,"ocean_menu_typo_font_size_tablet":0,"ocean_menu_typo_font_size_mobile":0,"ocean_menu_typo_font_size_unit":"px","ocean_menu_typo_font_weight":"","ocean_menu_typo_font_weight_tablet":"","ocean_menu_typo_font_weight_mobile":"","ocean_menu_typo_transform":"","ocean_menu_typo_transform_tablet":"","ocean_menu_typo_transform_mobile":"","ocean_menu_typo_line_height":0,"ocean_menu_typo_line_height_tablet":0,"ocean_menu_typo_line_height_mobile":0,"ocean_menu_typo_line_height_unit":"","ocean_menu_typo_spacing":0,"ocean_menu_typo_spacing_tablet":0,"ocean_menu_typo_spacing_mobile":0,"ocean_menu_typo_spacing_unit":"","ocean_menu_link_color":"","ocean_menu_link_color_hover":"","ocean_menu_link_color_active":"","ocean_menu_link_background":"","ocean_menu_link_hover_background":"","ocean_menu_link_active_background":"","ocean_menu_social_links_bg":"","ocean_menu_social_hover_links_bg":"","ocean_menu_social_links_color":"","ocean_menu_social_hover_links_color":"","ocean_disable_title":"default","ocean_disable_heading":"default","ocean_post_title":"","ocean_post_subheading":"","ocean_post_title_style":"","ocean_post_title_background_color":"","ocean_post_title_background":0,"ocean_post_title_bg_image_position":"","ocean_post_title_bg_image_attachment":"","ocean_post_title_bg_image_repeat":"","ocean_post_title_bg_image_size":"","ocean_post_title_height":0,"ocean_post_title_bg_overlay":0.5,"ocean_post_title_bg_overlay_color":"","ocean_disable_breadcrumbs":"default","ocean_breadcrumbs_color":"","ocean_breadcrumbs_separator_color":"","ocean_breadcrumbs_links_color":"","ocean_breadcrumbs_links_hover_color":"","ocean_display_footer_widgets":"default","ocean_display_footer_bottom":"default","ocean_custom_footer_template":"","footnotes":""},"class_list":["post-1006","page","type-page","status-publish","hentry","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1006","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1006"}],"version-history":[{"count":40,"href":"https:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1006\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2778,"href":"https:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1006\/revisions\/2778"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jeanmaurice-demontremy.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1006"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}